La flambée des prix des denrées de première nécessité serait si grave qu’il faut une distribution d’urgence dans les quatre régions naturelles du pays ?
Le phénomène est mondial. Je crois qu’aujourd’hui tous les pays d’Afrique ont senti le choc. Je peux aujourd’hui parler du cas de la Guinée parce que je me fais l’avocat de la Guinée dans ce domaine. Ce qu’il faut dire, c’est que d’abord quand on a vu les prix grimper, on se dit attention, il faut faire quelque chose parce qu’avant même la flambée des prix, nous avions une certaine connaissance d’une certaine catégorie de population qui était vulnérable, qui était déjà dans une situation d’insécurité alimentaire.
Et du fait de l’augmentation des prix, ces populations sont devenues encore beaucoup plus vulnérables. Nous avions fait une étude en 2005 qui nous donnait une cartographie complète de la vulnérabilité des populations.
Qui était vulnérable et qui ne l’était pas ?
Quand il y a eu ce phénomène, on a fait venir des experts qui nous ont aidé à avoir un certain nombre d’indicateurs pour voir si la situation avait changé, si elle était la même ou si elle s’était détériorée. L’étude a confirmé un peu ce qu’on avait observé il y a quelques années. En Guinée, il est relevé qu’il y a 6% de la population qui sont dans une insécurité chronique, 10 % des populations dans une insécurité alimentaire et à peu près 30% qui sont à risque.
Comparer cette insécurité alimentaire avec l’indice de pauvreté, on a un peu les mêmes indicateurs, plus de 50% de la population. Si vous observez en Guinée, il y a eu quand même des manifestations et la majeure partie de toutes ces revendications sociales touchaient le prix du riz. Aux alentours de février et mars 2004, comparés à aujourd’hui, le prix du riz a plus que doublé. Et les revenus n’ont pas augmenté en conséquence. Forcément des gens qui étaient déjà vulnérables deviennent encore plus vulnérables. Ces gens sont généralement dans le monde rural, ce sont des petits agriculteurs qui, eux doivent produire. Et si ces gens ne sont pas aidés pendant cette période, puisqu’on a décidé de faire en Guinée, une distribution d’aliments pour la période de soudure.
La période de soudure, c’est cette période où le paysan a quasiment épuisé ses stocks. Il a semé et il attend une récolte. Et même dans les situations antérieures où il n’y avait pas la flambée des prix, la période de soudure était déjà une période difficile, encore davantage aujourd’hui. Donc, on a décidé d’apporter une aide à cette population pour soulager, leur permettre de se mettre au travail et de produire si ceux-là ne produisent, forcément cela va avoir des répercussions sur la production. Evidemment, on a aussi ciblé d’autres populations qui sont vulnérables. C’est justement cet ensemble de mesures que nous avons mis en ensemble au niveau du PAM. Ce que j’avais omis de dire, c’est que dans le temps, on a réfléchi autour de la question et on sait que l’aide alimentaire n’est pas la solution, mais c’est une solution. La solution, c’est beaucoup plus dans le long terme que dans le court terme. Mais il fallait faire vite quelque chose. Evidemment, nous sommes parallèlement en train de travailler avec d’autres mécanismes en rapport avec le gouvernement pour essayer d’apporter des solutions beaucoup plus durables pour ne pas être amenés encore une fois, l’année prochaine, à la même période de nous remettre encore pour faire de la distribution. Et ceci en commun accord avec toute la communauté internationale qui d’ailleurs a apporté un peu les moyens. Le Pam a fait le plan et 28 millions de dollars soit 150 milliards de GNF ont été mobilisés pour cette campagne.
L’autre volet que vous avez souligné, je crois que ça était mon premier message quand j’ai rencontré le Premier ministre pour dire au gouvernement que nous avons besoin d’une campagne médiatique très forte pour dire que cette aide est gratuite et destinée à des populations vulnérables et que toute vente de ces denrées est interdite et que tout produit du PAM qu’on aurait trouvé dans le marché ferait l’objet de confiscation. Nous avons des équipes sur place, nous travaillons avec les organisations non gouvernementales, avec les autorités locales et nous veillerons à ce que les produits du PAM ne soient pas vendus sur le marché. C’est pour cette raison d’ailleurs que logistiquement, il est beaucoup plus simple de faire une distribution.
Parce qu’on sait que si on met beaucoup de ressources dans les mains des personnes vulnérables, il y a des tentations de vendre une partie. Et donc, on fait des distributions mensuelles pour s’assure que les produits qu’on donne vont être consommés par ceux-là même qui en ont besoin. La première distribution, c’est essentiellement du riz. Vu un peu le coût du riz sur le marché et après avoir fait des diagnostics, nous avons noté que le maïs était très accepté en Guinée et dans les régions, et les prochaines distributions seront essentiellement du maïs. Comme vous le savez, le panier alimentaire, c’est du riz, c’est du sucre, c’est du sel et les aliments fortifiés pour les personnes malades.
Est-il ne serait pas mieux d’aider la Guinée à asseoir une bonne politique agricole au lieu de l’assister continuellement ?
L’objectif de tous les partenaires aujourd’hui, c’est de faire en sorte que tous les Guinéens soient autosuffisants. Evidemment, il faut agir sur plusieurs leviers. D’abord, c’est le one self du gouvernement. Vous savez, la Guinée aurait pu ne pas être classée parmi les pays qui ont besoin de cette assistance parce qu’elle a les potentialités pour produire assez, produire plus. Il y a des terres, il y a de l’eau, il y a le climat, il y a les hommes. Maintenant, qu’est-ce qu’il faut, il faut une politique agricole cohérente. Il faut des semences de qualité, il faut des engrais et de l’encadrement pour que les gens produisent plus ; parce que les conditions sont réunies. Je n’aurais pas tenu le même discours si j’étais dans un pays très sahélien comme la Mauritanie, mais en Guinée, c’est possible.
Comme on dit le malheur des uns peut faire le bonheur des autres, la Guinée peut aujourd’hui, parce que le riz, c’est aujourd’hui la denrée qui se vend bien, en produire assez, parce qu’aujourd’hui, la Guinée produit 900 mille tonnes et en importe 300 mille. Donc, il y a un gap de 300 mille tonnes et je suis certain que des efforts déployés de part et d’autre, de la part de tout le monde, on arriverait en Guinée à produire assez et à produire plus et vendre même le riz sur le marché étranger. Nous sommes en train d’y travailler. Ce n’est le PAM uniquement, il y a d’autres partenaires comme la FAO qui sont en train de dérouler une certaine politique qui va agir sur le long terme. Aujourd’hui, le PAM agit sur le court terme. Le PAM s’est rendu compte que même nos programmes réguliers où on a besoin d’aliments, au lieu de les acheter à l’étranger, on va essayer de travailler ici en Guinée avec des producteurs pour qu’ils produisent plus et qu’on achète leurs produits plutôt que d’aller importer du riz en Asie.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrées sur le terrain lors de vos actions d’assistance ?
Le plus grand problème, c’est faire comprendre aux populations le ciblage. Il est extrêmement difficile d’expliquer pourquoi tel et pas un autre. Et dès l’instant qu’on fait une extension, on est à côté d’un village ou d’une ville qui a aussi des besoin. Donc, le ciblage est extrêmement important et délicat. Tout le monde doit le comprendre.
Aujourd’hui, nous avons fait un ciblage en Guinée qui, bien expliquée aux populations, permet à tout un chacun de se dire j’y ai droit, donc je vais l’avoir. Plutôt que de dire pourquoi pas moi. Donc le ciblage que nous avons fait et que nous sommes en train de divulguer aujourd’hui, si quelqu’un avec son poste radio dan son village entend qui a droit, il va dire moi j’y ai droit et il va partir. Il va réclamer et s’il ne reçoit pas, il peut aller se plaindre. Le deuxième problème, aujourd’hui, c’est le problème de l’approvisionnement. Le moment où vous avez des ressources financières, vous voulez acheter sur le marché, les transporter, les amener dans les pays, les stocker, le retransporter parfois sur mille kilomètres, la logistique surtout pendant la saison des pluies où l’accès de certaines zones est extrêmement compliqué.
Aujourd’hui, par exemple, la majeure de nos produits arrive par le port de Conakry, mais nous sommes en train d’ouvrir aussi un corridor à partir de la Côte d’ivoire sur San Pedro pour approvisionner une partie de la Guinée forestière du fait des contraintes logistiques que nous rencontrons dans cette partie pendant cette saison des pluies. C’est ça nos challenges et nous avons quand même des compétences qui nous permettent un peu de résoudre ce genre de problème.
Votre mot de la fin
J’ajouterai que tout le monde doit se mettre au travail pour développer l’agriculture de ce pays pour que l’année prochaine, à pareil moment que ce problème ne se pose plus. Voilà mon souhait est que l’année prochaine, que mes collègues d’autres pays me sollicitent pour pouvoir acheter du riz en Guinée. C’est l’objectif que je voudrais réaliser en temps que représentant du Programme Alimentaire Mondial en Guinée.
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