Porté à la tête du ministère de la Pêche et de l’Aquaculture le 19 juin dernier, M. Youssouf Sylla décrit comme l’un des hommes de confiance du premier ministre Ahmed Tidjane Souaré. Certes, le nouveau venu hérite d’un secteur porteur de croissance, mais qui requiert une attention particulière et soutenue. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, M. Sylla parle non seulement des difficultés au sein du secteur de la pêche, mais aussi des touches particulières qu’il compte apporter pour qu’en fin le panier de la ménagère soit fourni en produits de mer. Lisez.
Le Diplomate : Monsieur le Ministre, vous venez de prendre fonction à la tête du Département de la Pêche et de l’Aquaculture. Quelles sont, dans l’immédiat, vos principales priorités ?
M. Youssouf Sylla : Suite aux premiers entretiens que j’ai eus avec les cadres de mon Département, et l’examen des dossiers en cours, dans l’immédiat, mes principales priorités portent sur : Premièrement, l’approvisionnement continu des populations en poisons à des prix accessibles aux plus pauvres. Deuxièmement, l’annulation de l’Arrêté interdisant les exportations de produits halieutiques, qui a fortement pénalisé le secteur de la pêche. En effet, les pêcheurs artisanaux et plus d’une trentaine de Sociétés d’exportation ainsi que leurs fournisseurs sont quasiment à l’arrêt depuis 2007 et des milliers de leurs travailleurs en chômage technique. Troisièmement, la rationalisation de l’exploitation des ressources halieutiques guinéennes, à travers le renforcement des opérations de contrôle et de surveillance des activités de pêche, pour que seuls les navires autorisés puissent avoir accès aux ressources halieutiques. Quatrièmement, il nous faudra aussi, identifier les causes de la faiblesse des retombées des Accords de pêche en cours.
Toutes ces priorités s’inscrivent dans le cadre du programme minimum d’urgence du Gouvernement en parfaite adéquation avec notre stratégie nationale de réduction de la pauvreté et pour la croissance.
Votre Département figure parmi les plus importants secteurs porteurs de croissance. Quelle est sa contribution au développement de l’économie nationale ?
Effectivement, après l’agriculture et les mines, le secteur de la pêche est sans nul doute, le plus porteur de croissance. Avant tout, il est source d’emplois et de revenus pour une frange importante de la population; à ce titre, il contribue à la lutte contre le chômage et la pauvreté à travers les revenus générés par les emplois qu’il offre.
Le secteur de la pêche est aussi une des principales sources d’approvisionnement des populations en protéines ; il participe, de ce fait, à la sécurité alimentaire. Comme source importante de devises, il contribue, par ailleurs, à l’amélioration de l’équilibre de notre balance des payements, Je noterais enfin, qu’il est source de recettes pour l’État. A ce titre, il contribue au renforcement des finances publiques. Par exemple, à la date du 31 décembre 2007, le Ministère de la Pêche et de l’Aquaculture a contribué à hauteur de 24 324 913 300 francs guinéens, au budget national de développement.
Notre objectif est d’améliorer la mobilisation des recettes pour le Trésor public. Pour cela, nous concentrerons nos efforts sur le renforcement du contrôle de la capacité des navires de pêche, qui constitue la base de fixation des montants à payer au titre des redevances de pêche ; sur la sécurisation des recettes; sur le renforcement de la présence en mer des unités de surveillance et l’application stricte de la loi contre les navires de pêche en infraction.
Pour beaucoup d’observateurs, la Guinée ne tire pas de bénéfices importants des licences de pêche délivrées aux opérateurs étrangers. Comment comptez-vous y remédier ?
La Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer stipule que ce sont les reliquats de quotas de pêche non utilisés par l’armement national qui sont octroyés aux armements étrangers. Le fait est que l’armement guinéen est presque inexistant. Encore une fois, je voudrais souligner que c’est par le renforcement de la surveillance des pêches, et un meilleur contrôle des capacités des navires que nous pourrons améliorer la situation, en attendant la réalisation des investissements indispensables à la création d’une industrie guinéenne des pêches.
Il est reproché aux bateaux étrangers de pêcher sans discernement dans les eaux guinéennes, menaçant ainsi plusieurs espèces de poisson. Quelles sont les solutions que vous avez en vue pour empêcher cette pratique ?
Vous évoquez un sujet réel qui est pour moi très préoccupant. J’estime que nous devons faire en sorte, que la présence de nos unités de surveillance en mer soit beaucoup plus effective et efficace. C’est la seule manière, à mon avis, de lutter contre ce phénomène. C’est un objectif qui pourrait être atteint grâce à la mise en œuvre du plan d’action élaboré à cet effet, et qui, porte entre autres, sur la redynamisation du Centre National de Surveillance et de Protection des Pêches (CNSP) ; le renforcement de la coopération avec la Marine nationale ; l’acquisition, dans le cadre du programme d’urgence, d’une ou de deux vedettes rapides, pour conforter les moyens d’intervention du CNSP.
Le fond marin guinéen figure parmi les plus riches de la sous région ouest africaine. Cependant, les populations se plaignent à la fois de la cherté et de la rareté du poisson dans nos marchés. C’est une question délicate que vous trouvez ainsi sur votre table.
Pour bien comprendre ce sujet, il m’apparaît indispensable de faire ressortir un certain nombre d’éléments. En effet, en raison de la quasi inexistence d’un armement guinéen, la flottille de pêche industrielle qui opère en Guinée appartient essentiellement à des armements étrangers dont la priorité est orientée sur les marchés extérieurs, pour des besoins de rentabilité. Il y a aussi le fait que les quantités de poissons débarquées font l’objet de spéculations entraînant un renchérissement des prix à la vente au consommateur. Il faut souligner aussi, le fait que la pêche artisanale dont la production est la principale source d’approvisionnement du marché local, ne dispose pas de système de crédit pour le renouvellement des équipements de pêche. L’augmentation des prix des produits pétroliers, est également une des sources de nos difficultés.
Face à cette situation, le Département de la Pêche et de l’Aquaculture a mis en place un programme d’activités, dont certaines actions sont en cours de réalisation. Il s’agit principalement du renforcement du projet de décentralisation de la distribution du poisson ; de l’appui à la pêche artisanale à travers la fourniture de moteurs hors bord et d’intrants de pêche ; de l’accomplissement effectif des obligations de débarquement de poissons ; de la conversion en poissons, des obligations contractuelles de certains armements étrangers.
Vous êtes membre d’un Gouvernement qui est confronté à beaucoup de défis. Quels sont, selon vous, les atouts dont dispose ce gouvernement pour satisfaire aux besoins les plus pressants des populations ?
En premier lieu, la confiance et le soutien que le Chef de l’État, le Général Lansana CONTE, porte à son équipe gouvernementale. Ensuite, la volonté affirmée du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, d’opérer les changements voulus et attendus par nos populations. Enfin, l’engagement et la détermination de l’équipe gouvernementale à réaliser, dans le concret, les objectifs de développement socio économique que lui assigne le Chef de l’État à travers notre Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté.
Monsieur le Ministre, souhaitez-vous revenir sur l’épisode qui vous a opposé tout dernièrement avec des journalistes ?
Je n’y vois aucun inconvénient. Je tiens à réaffirmer ici deux choses :
La première, c’est qu’aucun journaliste n’a fait l’objet de séquestration ou d’arrestation de la part de qui que ce soit dans mon Département.
La deuxième chose, c’est l’ouverture de mon Département à tous les acteurs, y compris bien évidemment la presse, dans son ensemble. Ma conviction est que, la mission de la presse, c’est de contribuer au développement de notre pays en montrant, de façon contradictoire et responsable dans le respect de l’éthique et de la déontologie, aussi bien ce qui va, que ce qui ne va pas.
Votre dernier mot.
La mission qui nous est confiée est noble et exaltante. Elle comporte, certes, beaucoup de défis. Mais grâce à Dieu et avec l’appui du peuple qui est le principal artisan et bénéficiaire du développement, nous pensons que nous réussirons.
©2006 Le Diplomate Guinée. Tous droits reservés. Conception, réalisation et hébérgement Sylcom-Sarl