MAMADY KABA : PRESIDENT DE LA RADDHO GUINEE

''Israël a beaucoup à donner à des pays comme la Guinée''

30 Jun, 2008

Mamady Kaba est un universitaire qui s’est battu sur tous les fronts pour obtenir avec succès la mise en place d’une répresentation de la Rencontre africaine pour les droits de l’homme (RADDHO) en terre guinéenne. Où les libertés fondamentales sont souvent bafouées, ignorées et meprisées. Après donc plusieurs mois d’exercice sur le terrain, le président de la section guinéenne Mamady Kaba jette un regard critique sur la vie nationale, et les emeutes de la faim qui malmenent les pays en developpement y compris la Guinée.

Diplomate : Vous êtes le Président de la section guinéenne de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), une organisation panafricaine basée à Dakar au Sénégal ; vous étiez très mobile pendant la mutinerie qui vient de se produire : quels sont vos impressions par rapport à cette mutinerie ?

Mamady Kaba : Merci de me donner la parole. Pour aller droit au but, j’ai suivi avec beaucoup de préoccupation la mutinerie et ce que je pense n’est pas très différent de ce que pense la majorité des observateurs et des populations. Le droit de manifester est un droit constitutionnel en République de Guinée ; dans ce cadre, je ne suis pas contre les revendications formulées par l’armée et exprimées de la façon que vous connaissez. En elle-même, la contestation ne nous préoccupe pas.
Cependant, elle a fait de nombreuses victimes innocentes parmi les populations ; il y a eu des morts, des blessés, des pillages, et autres violations graves des droits humains. Par ailleurs, des diplomates ont fait les frais de cette mutinerie : un diplomate occidental a été inquiété, dépouillé de ses biens par des hommes en tenue militaire ; un pakistanais a été tué dans un motel à Taouyah près de l’hôtel Mariador dans des circonstances obscures, etc… En plus de tout cela, des soldats ont été libérés des prisons et un avion a été empêché de livrer son contenu dans le cadre des conventions signées par la Guinée et qui couvrent les convois diplomatiques, notamment les accords de Vienne.

La première conséquence de tout cela, est que l’armée risque de devenir une source de peur pour les populations au lieu du contraire et cela nous inquiète à plus d’un titre. La seconde conséquence est que l’armée est en train de donner l’impression que le meilleur moyen de se faire entendre est simplement celui de la terreur. Cela est extrêmement dangereux pour l’Etat de Droit auquel nous aspirons. J’ai beaucoup de respect pour l’institution militaire, mais cela ne m’empêche pas d’attirer son attention et celui de l’opinion nationale et internationale sur les dérives que subissent les populations et qui sont perpétrées en son nom.

Lansana Kouyaté est limogé et remplacé par Ahmed Tidjane Souaré ; qu’en dites-vous ?

Je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de poser le problème car, à mon humble avis, la question se pose plus en termes de marge de manœuvre qu’autre chose. Nous ne pensons absolument pas que monsieur Ahmed Tidiane Souaré puisse conduire efficacement les reformes voulues par le peuple simplement parce qu’il aura moins de pouvoir que son prédécesseur Lansana Kouyaté qui est venu dans des circonstances différentes de la sienne et qui s’est heurté à des obstacles infranchissables dressés par le cercle présidentiel.

En somme, je suis quelque peu pessimiste aussi bien sur les chances de réussite de monsieur Souaré que sur la longévité de son gouvernement ; je ne crois pas du tout qu’il puisse mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut simplement parce que le cercle présidentiel l’en empêchera. La finalité de tout cela est le retour en force des caciques pour le limogeage desquels le pays a enterré de nombreuses filles et de nombreux fils tombés sous les balles criminelles de ceux qui tentaient d’opposer une fin de non recevoir à la velléité de changement radical de système de gouvernance exprimée vivement par le peuple à travers une insurrection. Si jamais le gouvernement survit aux nombreux défis qui se dressent sur son chemin, il sera limogé dès que possible pour consacrer le retour triomphal des caciques. Cela ne sera ni plus ni moins qu’un échec du peuple tout entier et une victoire humiliante de ceux qui le tiennent en otage en lui imposant des formules de gestion politique et administrative dans lesquelles il ne se retrouve nullement.

Il serait important que la classe politique et la société civile préservent l’unité d’action qui avait prévalu avant les événements douloureux de janvier 2007 afin de demeurer une force de résistance au retour des caciques aux affaires et, par ricochet, l’annulation des effets du changement réclamé par le peuple.

Les syndicats de l’enseignement menacent d’aller en grève. Est-ce que vous pensez que c’est le meilleur moment ?

Vous savez, il est très difficile de faire comprendre aux enseignants que c’est plus les moyens qui manquent à l’Etat que la volonté, en ce sens que l’armée a réussi à cultiver l’esprit que les revendications se font aboutir grâce à la capacité de nuisance. Nous pensons cependant que l’Etat doit prendre la mesure exacte du malaise social avec tout ce que cela implique en terme de stabilité. Nous sommes de ceux qui pensent que la Guinée mérite plus que ce qu’elle a aujourd’hui.

Le général Conté vient de signer un décret de restructuration du gouvernement avec 36 ministères. Est-ce que vous pensez que cela convient au contexte actuel ?

Je ne pense pas que cela ait été fait dans le but de réduire le train de vie de l’Etat ou de rassurer les bailleurs de fonds et je ne pense pas non plus qu’il n’était pas possible de procéder autrement et mieux.

La Guinée et l’Afrique sont menacées par la faim. Quelles solutions préconisez-vous ?

Les droits économiques sont aussi importants que les droits politiques et la liberté d’expression. Je pense personnellement que la question des émeutes de la faim à l’abri desquelles ne se trouve nullement notre pays est le fait de choix catastrophiques opérés par les dirigeants politiques qui privilégient les relations personnelles au détriment des intérêts d’Etat. A titre d’exemple, permettez-moi de vous citer les progrès inimaginables réalisés par la coopération israélo-sénégalaise dans le domaine de l’agriculture entre autres. Des techniques agricoles ultra sophistiquées sont en train de produire des résultats probants au Sénégal, en Mauritanie, au Cap Vert, etc…, pour ne citer que ceux-là.

Personnellement, je pense que si le Sénégal avait fait ce choix judicieux il y a quelques années, il ne connaîtrait pas les émeutes de la faim telles qu’il les subit aujourd’hui. Nous nous interrogeons sérieusement sur les raisons qui poussent nos dirigeants à nous priver d’aussi importantes opportunités. Aussi, l’Etat d’Israël a beaucoup a donner à des pays comme la Guinée qui n’ont besoin que d’un véritable transfert de technologie et à un rythme accéléré pour relever les défis auxquels elle est confrontée. Le peuple de Guinée est un peuple ouvert et courageux, discret et jaloux de son indépendance : une ouverture vers Israël ne pourra qu’accroître et renforcer nos capacités de développement.

Je lance un véritable appel à l’endroit de nos dirigeants afin d’explorer cette piste qui conduira la Guinée, j’en suis certain à un développement vertigineux de son potentiel humain, car l’Etat d’Israël est à la pointe du savoir et du savoir-faire.

Vous ne pensez pas que des relations avec l’Etat d’Israël seraient outrageuses pour le peuple de Palestine et le monde musulman en général ?

Pas du tout, bien au contraire. Je crois que le manque de relations avec Israël est en lui-même un abandon du peuple frère de Palestine à son triste sort. Aujourd’hui, Abdoulaye Wade est en train de rendre un énorme service au peuple palestinien en s’impliquant dans la résolution du conflit qui mine cette partie du monde depuis maintenant trop longtemps. Je pense que si la Guinée emprunte le même chemin, elle pourra se rendre utile au peuple frère janvier 2007 afin de demeurer une force de résistance au retour des caciques aux affaires et, par ricochet, l’annulation des effets du changement réclamé par le peuple. Et ami de Palestine en ce sens qu’elle pourra influencer le peuple frère et ami d’Israël dans certaines de ces décisions. L’Afrique toute entière devrait d’ailleurs le faire.

D’ailleurs, je suis de ceux qui pensent que la Guinée n’est pas plus sensible à la cause palestinienne que l’Egypte, la Jordanie, la République Islamique de Mauritanie, ou encore le Sénégal qui ont des relations diplomatiques normales avec Israël sans pour autant cesser d’occuper la place qui est la leur au sein de la humma islamique. Je crois que ce n’est pas la meilleure façon de voir les choses que de penser autrement qu’en des termes d’intérêt purement national. L’Arabie Saoudite propose d’ailleurs le rétablissement de toutes les relations entre Israël et le monde arabe en échange de toutes les terres. La Syrie est en train de négocier la paix avec Israël, je ne vois pas alors pourquoi la Guinée se priverait d’une relation dans laquelle ses fils et ses filles ont tout à gagner à commencer par la sécurité alimentaire ou la sécurité tout court, et une culture intellectuelle qui jouit du respect de toutes les académies de sciences du monde entier. Vous n’êtes pas sans savoir que tous les grands noms connus de la science et de la technique sont juifs.

Ce n’est pas du tout excessif de dire et de croire qu’Israël est le berceau du savoir. Il est temps que nos dirigeants aillent à la quête de cette opportunité pour le plus grand bien de leurs populations. D’ailleurs, les gouvernants de Guinée sont de loin en retard sur le peuple qui fait de nombreuses affaires juteuses avec l’Etat hébreu ; il ne sera donc plus question pour le gouvernement que d’entrer dans le jeu déjà débuté par sa population en l’organisant au sommet. Nous ne sommes nullement nostalgiques des idéologies qui mettent l’intérêt des autres avant les nôtres. Il faut penser à notre pauvre jeunesse qui n’a que ses yeux pour pleurer son désespoir.

Vous dites que la jeunesse guinéenne est désespérée. Pourquoi ?

Je le dis sans le moindre état d’âme parce qu’elle l’est. Elle est utilisée et mal rémunérée. Voyez les conditions dans lesquelles se trouve l’école guinéenne : un délabrement répugnant. Des écoles dans lesquelles tout manque. Il faut négocier des formations qualifiantes avec Israël comme le font tous nos voisins même le Mali afin que des cadres rompu à la tâches de la création d’entreprises soient produits pour le pays et qu’ils soient immédiatement opérationnels.

La terre guinéenne peut à elle seule juguler en partie le phénomène du chômage si des cadres sont formés, accompagnés, équipés et surtout si nous retournons à nos cultures originales telles que le fonio, le haricot, l’igname, la patate, le manioc, le maïs, etc… Nous pourrons valoriser ces produits et réfléchir à des utilisations diverses qui n’ont rien à voir avec celles qui existent déjà et qui ne sont plus convoitées. En cela, je pense encore qu’Israël peut s’avérer être un recours idéal. Ils ont réussi à ressusciter les cultures et les traditions millénaires qui avaient, pensait-on disparu de la mémoire humaine. Je veux parler par exemple des gâteaux sans farine qu’ils produisent pour satisfaire des exigences religieuses. Ce pays est vraiment un modèle en terme d’autonomie sous tous les plans.

Je souhaite de tous mes vœux que nos leaders prennent conscience de l’impérieuse nécessité d’ouvrir notre pays à toutes les opportunités qui s’offrent à elle ; l’élite nationale doit se faire le devoir d’attirer l’attention des masses populaires sur le tort qui leur fait du simple fait de cette privation injuste et injustifiée.Il serait d’ailleurs utile que toute la classe politique et intellectuelle adhère à cette vision, se l’approprie et en fasse une question d’honneur.


Interview réalisée par Ismaël K. Camara

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