Porte d’entrée du périmètre d’exploration de Rio Tinto, l’aéroport de Beyla est un motif de fierté pour les investissements internationaux qui impriment leur première marque dans ce lieu naguère perdu dans la brousse. Et pour ces badauds qui s’accrochent à la grille de protection du périmètre, le spectacle semble inédit et saisissant.
Loin des clameurs de Conakry, des certitudes et des idées reçues, la réalité du terrain livre une autre interprétation des choses au cours de cette visite guidée.
Au premier plan, comme le fait observer Jordan Feilders, le manager en communication de Rio Tinto, « nous n’avons jamais reçu du Ministère des Mines la moindre notification pour un quelconque manquement à nos obligations contractuelles ». Et d’ajouter que tous les travaux sont d’ailleurs audités par un cabinet australien aux références bien établies de par le monde.
Sur les premiers bilans chiffrés, il indique que Rio Tinto a déjà investi plus de soixante millions de dollars sur le terrain. A titre indicatif, cinquante milliards de nos francs, soit sept millions de dollars ont été investis pour l’aéroport, deux millions ont été consacrés à la réhabilitation de l’axe Kankan N’Zérékoré et les bretelles conduisant aux sites d’exploration.
M. Jordan fait noter à propos que ce sont des PME de ces deux villes qui ont exécuté ce marché. Mais en misant sur des entreprises guinéennes, Rio Tinto a dû intervenir pour les remettre à niveau et même réparer leurs machines.
Quant aux investissements de fonction locale, Andreas, le chargé des relations communautaires assure qu’il y a de nombreux projets en vue, « la philosophie de Rio Tinto faisant du soutien aux communautés, un processus continu », De sorte que, tout se fait sur la base de l’identification des besoins par les bénéficiaires qui doivent s’en approprier à la fin.
Les riverains du Simandou reviennent de loin. Ingénieur des mines, pur produit de l’université guinéenne, Ibrahima Sory Traoré est un témoin vivant de la longue aventure de la recherche minière dans le Sud Est guinéen.
En 1996 ; il a conduit une première mission exploratoire en compagnie d’un certain Dereck Stanley et se rappelle des difficultés rencontrées. « Il fallait dessoucher la piste pour passer et arrivé à Moribadou nous avons eu toutes les peines pour trouver un guide comme les gens ne portaient nullement confiance au projet. ».
C’est au cours d’une réunion avec le chef de village qu’un certain Djiba Condé qui revenait de Côte d’Ivoire et qui avait une meilleure vision que tous les villageois a offert ses services et un autre s’est porté volontaire avec ses enfants pour accompagner l’expédition ».
En 1997 l’ingénieur Traoré prend part à une autre mission au Nord de Kérouané et il se souvient que c’est de là que la société a eu son premier permis de recherche.Assurant que les rapports avec les populations sont « excellents», il a expliqué qu’à travers le forum communautaire dont elle a contribué à la mise en place, la société entretient le dialogue avec les autorités locales à diverses échelles ainsi que les responsables des sages, des jeunes des femmes, pour être à l’écoute de leurs attentes.
L’impact des investissements de fonction locale
Mais, l’impatience est grande chez certains villageois qui s’attendent à tout et dans l’immédiat. Parmi eux, d’aucuns ont à l’esprit que la société est là pour mettre fin à toutes leurs misères quotidiennes.
Pour qui a connu le centre ville de Beyla, le changement est là. La bourgade sort de sa longue léthargie et tente de faire peau neuve. Rio Tinto vient de bâtir un magnifique centre de santé et il faut noter que suite à son implantation, deux opérateurs de téléphonie s’y sont étendus, une station d’essence est désormais fonctionnelle et même une banque a ouverts sa succursale.
Au plan de la communication, Rio Tinto a fourni des appuis de divers ordres dans la création des radios communautaires tant ici à Beyla, qu’à Kérouané et à Macenta.
« Ben Koussa Kossadou », c’est le message gravé sur le fronton de l’école primaire de trois classes dont le district de Mafindou vient de bénéficier.
Dans la langue du terroir, cela se traduit par « tous d’accord ».
Le directeur d’école évoque le hangar en chaume sous lequel fonctionnait une classe unique jusque l’an passé.
Et cette structure fonctionnelle et équipée accueille aujourd’hui un effectif de 86 élèves dont 45 filles, mais seulement pour deux groupes pédagogiques en raison du manque d’un troisième maître.
Et pour stimuler la scolarisation, il soutient que chaque année, la société des tenues et des fournitures aux enfants.
Du village, la chaîne du Simandou à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau, le panorama des travaux. Originaire du coin, le vieux Mara n’en croit toujours pas ses yeux. Il le dernier à penser que l’homme pouvait défier le génie de cette montagne. A côté de sa case, un potelet porte une boîte à lettre dont il dit avoir mis du temps à connaître l’usage.
Il en vu passer plein de gens qui ont mis du « papier » dedans. En fait, c’est dans ces boîtes à lettres disséminées dans tous les villages et agglomérations que les offres d’emploi sont collectées.
De cette façon, Rio Tinto a voulu privilégier la main d’oeuvre locale.
Aujourd’hui, la société se targue d’avoir créé 1800 emplois directs et les sous traitants et 4500 postes de travail sont prévus dans les cinq ans à venir
Mais les flux migratoires sont déjà énormes, transformant les hameaux d’hier en de véritables centres en pleine mutation. Mafindou et Moribadou témoignent visiblement, d’une nette amélioration de la qualité de vie des habitants.
En tenant compte du besoin d’accommodation des nouveaux arrivants dans la réhabilitation des infrastructures, la société s’inscrit dans l’appui pour l’aménagement des villes. Avec les problèmes d’occupation de l’espace, de pollution, de maladie etc. On est à quelques encablures de la base d’exploitation est déjà une cité où il fait bon vivre. A l’image de l’ensemble de ses bases d’opération, tout est déjà en place : clinique médicale, aires de jeux, logements, station d’épurement des eaux, recyclage des ordures etc. Il faut cultiver l’exemple en le donnant pour que les autres s’en inspirent, telle est le fond de l’approche.
Et ici comme partout ailleurs, les médecins font du suivi de base pour les communautés environnantes. L’autre constante à remarquer c’est l’observance quasi religieuse de ces mesures de sécurité draconiennes partout.
Un géant pour des travaux d’Hercules
Les conditions climatiques sont extrêmes. Et les risques aussi.
Sur les crêtes de ces falaises abruptes, la vie tient à la sécurité et il n’est pas donné à quiconque de résister au mal de ces hauteurs : le vertige. « Malgré tout, le niveau de sécurité reste très intéressant ».
Au départ, la concession s’étendait sur 1450 km, de nos jours après la restitution d’une grande partie, Rio Tinto s’est redimensionnée sur 738 km om quatorze géologues, dont six sont issus de l’institut des mines de Boké,
et huit assistants se relaient sur les différents sites.
« Ceci permettra d’avoir une mine viable qui permettra de mieux prévoir les investissements » soutient l’un d’entre eux.
C’est à cette fin, le nombre de forages est passé au double et il en est de même pour les échantillons qui sont passés à mille par jour. Ce qui a nécessité la construction d’un nouveau laboratoire qui sera doté d’un système robotisé permettant à la fois d’activer le travail d’analyses des échantillons et d’optimiser les résultats.
Le laboratoire en place emploie 26 techniciens guinéens est le cœur du système qui accueille, étudie et classe tous les échantillons issus des forages de la roche mère au niveau de laquelle s’est développé le minerai de fer.Et un technicien du cru se souvient qu’au tout début, du moment que les études sur l’impact environnemental n’étaient pas poussées, c’est l’hélicoptère qui hissait les foreuses au sommet de la montagne où les grosses pièces étaient assemblées.
Le pic de Fon qui culmine à 1650 mètres, en contrebas soit à 1436 mètres, une plateforme de forage est en action.
Les opérateurs indiquent qu’à ce jour, les forages ont dépassé les 160 000 mètres et prévoient que d’ici la fin d’année, le cap des 200 000 mètres sera atteint.
Ainsi d’un point à l’autre les fouilles peuvent aller jusqu’à 300 mètres ou s’arrêter à une soixantaine de mètres quand la nature des découvertes le dicte.
Ainsi, de jour comme de nuit, la chaîne du Simandou est bercée par ces machineries actionnées par de milliers de mains d’hommes qui gravitent dans cette termitière géante comme des fourmis.
Tout se beau monde garde en souvenir que le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) de France était passé par là , et puis il y a Tractionnel (Belgique), Nippon Koe, les Chinois et même des Malaisiens…
Comme pour dire qu’il fallait manifestement un géant pour s’attaquer à ces travaux d’Hercules. Et ils n’ont pas forcément tort.
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